Chronologie :
1828 : Apparition du mot Orthophonie en France. Le docteur Colombat crée l'Institut orthophonique de Paris, pour le "redressement de la parole".
1955 : Premières attestations d'études d'orthophonie délivrées suite aux travaux de Suzanne Borel-Maisonnby, fondatrice de cet enseignement en France.
1959 : Création du Syndicat national des orthophonistes (SNO) qui deviendra la FNO par la suite.
1964 : Statut légal de la profession.
La loi du 10 juillet institue un diplôme national : le Certificat de capacité d'orthophoniste (C.C.O.). Les orthophonistes figurent au Livre IV du Code de la Santé Publique. La profession, le titre d'orthophoniste et le domaine de compétences sont protégés en France. La profession est réglementée. L'orthophoniste est un professionnel de santé conventionné avec l'Assurance Maladie.
La même année, en réaction au refus de le SNO refusant que soient pris en compte certains diplômes pour l'attribution du titre d'orthophoniste par la "Commission de qualification" - notamment les formations de "rééducateurs de la dyslexie, dysorthographie et dyscalculie" assurées sous la responsabilité de Claude Chassagny à Lyon, Georges Fronsacq à Strasbourg et Roger Mucchielli à Nantes, ainsi que le diplôme de "technicien spécialisé en rééducation orthophonique" délivré par l'Institut de psychologie appliquée et d'hygiène mentale de l'université de Clermont-Ferrand, formation assurée par le docteur Doussinet, psychiatre - les praticiens formés à Clermont-Ferrand créent le Syndicat national indépendant des orthophonistes (SNIO). Ils obtiennent gain de cause : le diplôme de Clermont-Ferrand est reconnu. Les rééducateurs de dyslexie se constituent également en syndicat : le Syndicat national des rééducateurs de dyslexie (SNRD)
1965 : Reconnaissance des formations de rééducateurs de dyslexie.
1968 : Naissance de la Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO). Le SNIO prend le nom de Fédération nationale unifiée des orthophonistes (FNUO).
1969 : Lettre-clé AMO.
1970 : Régime conventionnel pour les praticiens libéraux.
1971 : Les rééducateurs de la dyslexie sont autorisés à exercer la profession d'orthophoniste dans leur compétence particulière (langage écrit uniquement).
1972 : Première réforme des études (3 ans).
1974 : Signature de la première convention nationale avec la Sécurité sociale.
1975 : La FNUO et le SNRD fusionnent et créent la Fédération des Orthophonistes de France (FOF).
1978 : Deuxième convention nationale.
1981 : Mise en place du TDP81, test de dépistage précoce des troubles du langage. Premier colloque Prévention.
1983 : Premier décret d'actes. Il fixe la liste des actes professionnels accomplis par les orthophonistes.
1984 : Troisième convention nationale.
1986 : Réforme des études initiales (4 ans).
1988 : Fondation du Comité permanent de liaison des orthophonistes/logopèdes de l'Union européenne (CPLOL), aujourd'hui European Speech and Language Therapy Association (https://eslaeurope.eu/, consulté le 1er février 2023) La FNO propose un plan de lutte contre illettrisme.
1990 : Refonte de la nomenclature générale des actes professionnels (NGAP)
1992 : Révision du décret d'actes. Fondation de l'association Orthophonistes du Monde (https://www.orthophonistesdumonde.fr/, consulté le 1er février 2023)
1996 : Quatrième convention.
2002 : Nouveau décret d'actes. Révision de la NGAP : création des différents bilans, modification de la procédure de prescription médicale de l'orthophonie
2002 : Deuxième décret d'actes. Il modifie la procédure de prescription médicale de l'orthophonie, introduit le diagnostic orthophonique et la possibilité de décider de la suite du traitement.
2013 : Le Master. Le Certificat de capacité d'orthophonie est reconnu au grade de Master. La formation initiale est désormais dispensée en 5 ans.
2016 : Nouvelle définition de l'orthophonie (loi de Modernisation du système de santé) (voir ci-dessous)
(Sources : Fédération Nationale des Orthophonistes et Fédération des Orthophonistes de France)
Article L. 4341-1 du Code de la santé publique (Version en vigueur depuis le 28 avril 2021)
La pratique de l'orthophonie comporte la promotion de la santé, la prévention, le bilan orthophonique, le traitement des troubles de la communication, du langage dans toutes ses dimensions, de la cognition mathématique, de la parole, de la voix et des fonctions oro-myo-faciales.
L'orthophoniste dispense des soins à des patients de tous âges présentant des troubles congénitaux, développementaux ou acquis.
Il contribue notamment au développement et au maintien de l'autonomie, à la qualité de vie du patient ainsi qu'au rétablissement de son rapport confiant à la langue.
L'exercice de l'orthophonie nécessite la maîtrise de la langue dans toutes ses composantes.
L'orthophonie pratique son art sur prescription médicale. Il peut adapter, sauf indication contraire du médecin, dans le cadre d'un renouvellement, les prescriptions médicales initiales d'actes d'orthophonie datant de moins d'un an.
En cas d'urgence et en l'absence d'un médecin, l'orthophoniste est habilité à accomplir les soins nécessaires en orthophonie en dehors d'une prescription médicale. Un compte-rendu du bilan et des actes accomplis dadns ces conditions est remis au médecin dès son intervention.
Sauf indication contraire du médecin, il peut prescrire ou renouveler la prescription de certains dispositifs médicaux dont la liste est limitativement fixée par arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale pris après avis de l'Académie nationale de médecine.
L'orthophoniste exerce en toute indépendance et pleine responsabilité, conformément aux règles professionnelles prévues à l'article L. 4341-9.
Il établit en autonomie son diagnostic et décide des soins orthophoniques à mettre en œuvre.
Dans le cadre des troubles congénitaux, développementaux ou acquis, l'orthophoniste met en œuvre les techniques et les savoir-faire les plus adaptés à l'évaluation et au traitement orthophonique du patient et participe à leur coordination. Il peut également concourir à la formation initiale et continue ainsi qu'à la recherche.
La définition des actes d'orthophonie est précisée par un décret en Conseil d'État pris après avis de l'Académie nationale de santé.
Article L. 4341-2
Les personnes ayant obtenu un titre de formation ou une autorisation requis pour l'exercice de la profession d'orthophoniste sont tenues de se faire enregistrer auprès du service ou de l'organisme désigné à cette fin par le ministre chargé de la santé, avant leur entrée dans la profession.
L'enregistrement de ces personnes est réalisé après vérification des pièes justificatives attestant dez leur identité et de leur titre de formation ou de leur autorisation. Elles informent le même service ou organisme de tout changement de situation professionnelle.
(...)
Il est établi, pour chaque département, par le service ou l'organisme désigné à cette fin, une liste de cette profession, portée à la connaissance du public.
(...)
Article L. 4341-2-1
L'orthophoniste peut faire usage de son titre de formation dans la langue de l'État qui le lui a délivré. Il est tenu de faire figurer le lieu et l'établissement où il a été obtenu.
(...)
Article L. 4341-3
Les diplômes, certificats ou titres mentionnés à l'article L.4341-2 sont le certificat de capacité d'orthophonie établi par les ministres chargés de l'éducation et de la santé, ou l'un des diplômes ou attestations d'études d'orthophonie établis par le ministre chargé de l'éducation antérieurement à la création dudit certificat.
Le décret instituant le certificat de capacité d'orthophoniste fixe les conditions d'obtention avec dispense partielle ou totale de scolarité, de stages et d'épreuves dont peuvent bénéficier les personnes qui, sans posséder l'un des titres prévus au premier alinéa, sont munies :
1° Soit d'un certificat d'aptitude à l'enseignement des enfants atteints de déficience auditive, reconnu par le ministre chargé de la santé ;
2° Soit d'un diplôme d'instituteur spécialisé pour les enfants sourds, reconnu par le ministre chargé de l'éducation ;
3° Soit d'un titre de rééducateur des dyslexiques, reconnu par l'un ou l'autre de ces deux ministres.
Article L. 4344-2
Exerce illégalement la profession d'orthophoniste toute personne qui pratique l'orthophonie au sens de l'article L. 4341-1 sans :
1° Être titulaire du certificat de capacité d'orthophoniste ;
2° Être titulaire de l'un des diplômes ou de l'une des attestations d'études d'orthophonie établis par le ministère chargé de l'éducation antérieurement à la création du certificat mentionné au 1° du présent article ou de tout autre titre mentionné à l'article L. 4341-4 exigé pour l'exercice de la profession d'orthophoniste ;
3° Remplir les conditions ou satisfaire aux obligations prévues à l'article L. 4341-7.
Le présent article ne s'applique pas aux étudiants en orthophonie qui effectuent un stage en application de l'article L. 4381-1.
Voir aussi articles L. 4341-4, 4341-5, 4341-6, 4341-7, 4341-8 et 4341-9 du Code de santé publique.
<br
La méthode phonético-gestuelle, méthode de rééducation orthophonique inventée par Suzanne Borel-Maisonny
En 1946, accompagnée d’un neuropsychiatre et entourée d’une équipe de recherche pluridisciplinaire en psychologie et psychopathologie de l’enfant, Suzanne Borel-Maisonny commence à travailler sur les troubles instrumentaux des enfants : dysgraphie, dyslexie et troubles du schéma corporel. Elle publie alors ses recherches sur l’apprentissage de la lecture, de l’orthographe et la rééducation des dyslexies et des dysorthographies.
La méthode de lecture qu’elle développe est publiée pour la première fois en 1949 puis en 1956 dans le Bulletin mensuel de la Société Alfred Binet sous le nom de « Méthode de lecture – Atlas », enfin en 1960 dans le premier volume, Langage oral et écrit, pédagogie des notions de bases. À cette époque, la méthode s’adresse aux enfants présentant une hypoacousie, une dyslexie ou une dysorthographie.
Clotilde Silvestre de Sacy, institutrice et proche collaboratrice de Suzanne Borel-Maisonny, propose en 1960 une méthode d'apprentissage de la lecture fondée sur l'approche phonétique et gestuelle. Il s’agit d’une seule méthode ayant deux utilisations ou progressions différentes. Elle s’adresse à la fois à des enfants à rééduquer et à des enfants qui apprennent à lire. En effet, alors que Suzanne Borel-Maisonny réservait l'usage des gestes aux rééducateurs, Clotilde Silvestre de Sacy introduit l'idée qu’ils constituent également un outil pour les enseignants. Suzanne Borel-Maisonny a donné à la méthode des bases orthophoniques, phonétiques et gestuelles tandis que Clotilde Silvestre de Sacy a adapté dans l'ouvrage Bien lire et aimer lire, régulièrement réédité depuis 1963, la progression de la méthode à l'apprentissage même de la lecture.
Fondements de la méthode phonétique et gestuelle
Cette méthode initialement destinée aux « enfants qui n'apprennent à lire qu'avec peine », est issue « d’une recherche scientifique longuement mûrie [...], fondée sur une connaissance précise des possibilités, des intérêts et des difficultés de l’écolier » (Préface des docteurs Simon et Launay, Borel-Maisonny S., Langage oral et écrit, Delachaux et Niestlé, Paris, 1985.) Elle prend appui sur la méthode syllabique, les sons s’accrochent progressivement les uns aux autres, pour former des syllabes puis des mots, puis des phrases.
« La méthode syllabique, dite aussi « alphabétique », est centrée sur l’apprentissage systématique et progressif du code des correspondances graphophonologiques, en partant de l’étude des signes écrits, les « graphèmes », que l’élève apprend à oraliser.» (Deauvieau J., Reichstadt J., Terrail J-P., Enseigner efficacement la lecture, Odile Jacob, Paris, 2015)
La méthode est donc basée sur trois éléments : les phonèmes (sons élémentaires du langage, entendus par l'oreille), les graphèmes (combinaisons de lettres correspondant à un phonème, vus par les yeux) et l’articulation (l'ensemble des sons prononcés).
En outre, « l’enseignement de la lecture comprend lui-même deux stades : le premier
concerne l’acquisition du mécanisme ; le second, l’application à la lecture d’un texte. »
L’enjeu pour Suzanne Borel Maisonny est d’impliquer l’apprenant dans ce processus d’enregistrement du mécanisme. Elle considère que pour aider les apprenants à entrer dans le langage oral, c’est-à-dire le transcodage des segments écrits en segments oraux, il est pertinent d’introduire des gestes symboliques. En effet, la théorie de Suzanne Borel-Maisonny repose sur l’idée que la lecture gestuée ou "phonomimie" favorise l’acquisition du principe alphabétique. Par ailleurs, elle suggère de commencer par l’association geste-son, ensuite geste-graphie pour faciliter l’accès à l’association son-graphie. Elle affirme : « chez les dyslexiques l’association geste-son est plus rapide et plus sûre que l’association geste signe-écrit. Nous avons vu des enfants lire les gestes, prononcer les sons qui leur sont montrés de cette façon, et qui cependant restaient encore incapables de lire l’écriture. Il faut donc recourir aux gestes sans se lasser avant de ne laisser subsister que ce qui importe, c’est-à-dire l’association signe écrit-son.»
In fine, l’enjeu de la méthode est de développer les capacités de transcodage grapho- phonémique des élèves. Le geste constitue un support à la relation graphème-phonème. Cette symbolisation corporelle et spatiale a pour but de favoriser le décodage du code
complexe de la langue. Pour S. Borel-Maisonny, « des gestes seront attachés à chacun des signes écrits et y resteront attachés jusqu’à acquisition complète de l’énonciation de ces derniers. » Elle recommande aussi qu’il n’y ait pas d’apprentissage de l’alphabet mais juste du son des lettres, pour ne pas avoir de confusion sur le nom de la lettre et le son qu’elle fait.
Présentation des gestes
La méthode consiste à associer à chaque phonème, un geste, et ce quelles que soient les graphies de ce son. Les gestes imaginés par Suzanne Borel Maisonny peuvent être classés en quatre catégories. Certains sont représentatifs d’une forme graphique, ils constituent une entrée
implicite dans l’écrit car l'image spatiale du phonème se rapproche de la forme écrite de la
lettre.
Exemples :
/s/ Le geste associé à la lettre s se construit en représentant la forme graphique de la lettre l’index tendu.
/m/ Pour produire le geste associé à la lettre m, on placera le pouce, l’index et le majeur, rigides, le bout appuyé sur la table.
/v/ Le v se construit de la manière suivante : poignets joints et paumes écartées.
D’autres gestes sont représentatifs d’une image articulatoire, ils miment les mouvements produits par les organes articulatoires mobilisés.
Exemples :
/ʀ/ Pour le geste r, on placera l’index sur le côté du larynx, afin que l’enfant puisse sentir le raclement qui accompagne l’émission de cette consonne.
/a/ On montrera la main ouverte rappelant la bouche ouverte. Cette analogie suffit aux enfants.
/l/ On porte l’index devant la bouche en le dressant vers le haut, comme fait la pointe de la langue dans la prononciation de cette consonne.
D’autres gestes souligneront l’idée d’écoulement.
Exemple :
/f/ On accompagne la prononciation d’un mouvement de tout le bras de droite à gauche si on fait face à l’enfant. Ce mouvement rappelle à la fois le son et la barre horizontale de la lettre f.
Enfin, on associe le signe à une petite scène ("phonomimie").
Exemples :
/wa/ On fait entendre un aboiement, on ouvre et ferme le poing avec vivacité, on dessine une tête de chien.
/ɛ̃/ Le geste est associé au rythme du cri du canard. Avec le pouce et le majeur, l’apprenant crée une forme d’un bec, et il les pose sur le nez pour expliquer la nasalisation du son.
La méthode Borel-Maisonny est dite phonique parce qu’elle se donne pour point d’appui « la conscience phonologique » et le développement de « l’analyse phonémique ». L’enjeu est que l’élève prenne conscience de ce qu’est un son et d’où il vient. Pour cela, Suzanne Borel Maisonny propose tout un tra-ail de gymnastique phonatoire. La conscience de la position articulatoire est une condition sine qua non à l’émission d’un phonème. D’après Suzanne Borel Maisonny, l’enfant doit distinguer les vibrations glottales, orales et nasales. En effet, elle considère que pour chaque son, il est important d’aborder les différentes positions de la langue et des lèvres, les organes intervenant dans la production du
son, la manière dont l’air s'écoule, la cavité par laquelle l’air sort. C'est pour cette raison que les gestes évocateurs proposés par la fondatrice se rapportent souvent aux organes phonateurs.
Repères de progressivité
Suzanne Borel Maisonny divise la méthode en 30 leçons soigneusement détaillées. Elle préconise l’étude des voyelles et des consonnes de manière simultanée. Ainsi, les consonnes dont le son peut être facilement prolongé (constrictives) seront vues en premier. Les élèves connaîtront rapidement les sons /f/, /ʃ/, /s/, /v/, /ʒ/, /z/, /l/, /R/, /m/ et /n/. En parallèle, ils étudieront les voyelles : /a/, /o/, /y/, /œ/, /e/ et /i/. La deuxième leçon porte sur la nasalisation des sons a et o : /ã/, /õ/, /wa/, /wɛ̃/.
C’est lors de la troisième leçon que les consonnes occlusives seront présentées : /p/, /t/ et /k/. Viendront s’ajouter dans une cinquième leçon les sons /b/, /q/ et /h/. Cependant, Suzanne Borel-Maisonny précise qu’aucun nouveau signe ne doit être présenté si les premiers ne sont pas suffisamment connus.
https://www.bien-lire.net/