Compétences techniques et morales
Plan général en angle plat sur un amphithéâtre remplie d'un auditoire de femmes en tenue d'infirmière. Voix off masculine d'une personne qui s'adresse à elles. PLus loin dans le film, le commentaire nous apprendra qu'il s'agit de celle du Dr. Fouquet, chef du service de Phtisiologie à La Salpêtrière : "J'espère vous avoir fait comprendre l'importance des examens que nous pratiquons. Au début de tout traitement de tuberculeux, examens qui sont la garantie d'un succès constant dans le traitement de cette maladie." Cut, la caméra change d'angle à 90° pour montrer un professeur donnant un cours. Panoramique gauche, les infirmières applaudissent, se lèvent, rangent leurs matériel de prise de notes en échangeant entre elles, quittent les travées pour gagner l'allée centrale. Alors qu'elles avancent vers la caméra, au son de leurs conversations vives s'ajoute une musique baroque, solennelle, jouée par une section de cordes. En infographie, le titre de la série apparaît : "L'avenir est à vous".
Le Dr. Fouquet, face caméra : "Les infirmières sont mal connues du grand public. On exige d'elles une connaissance technique qui est considérable et elles doivent manifester des qualités de dévouement qui sont peu communes. Il faut aimer ses malades, aimer son prochain, aimer soigner. Et c'est auprès des malades qui ne guérissent pas que le rôle de l'infirmière prend toute sa noblesse." De cette façon, le médecin insiste sur la combinaison de deux types de qualités qu'exige le métier : la connaissance technique qui permet une pratique sûre, un dévouement de tous les instants jusqu'au dernier du malade.
Conjoncture de la profession
Vue d'un bloc opératoire où des infirmières préparent les instruments, assistent le médecin qui enfile sa blouse, aident l'équipe qui amène le futur opéré sur une civière. Commentaire en off : "Si ce métier exige des qualités de dévouement, il est également de ceux qui posent au monde entier des problèmes graves." Le commentaire cite une information de l'OMS qui constate le manque d'infirmières dans les centres hospitaliers d'Europe, d'Amérique et d'Asie. Le commentaire poursuit en rappelant que si toute la France subissait cette évolution, la région parisienne davantage encore- "en raison même de la concentration de population qu'on y rencontre". Le commentaire poursuit : "A Paris, dans le cadre de l'Assistance Publique, il y a 6000 soignants au chevet des malades, alors que dès maintenant, l'Assistance Publique en aurait besoin de 4000 supplémentaires."
Pendant que le commentaire déroule son exposé, la séquence se poursuit en images sur la préparation de l'opération (disposition des instruments sur la table, orientation de la lampe scialytique...). La musique baroque qui continue accentue son aspect protocolaire, lui donne un effet de cérémonial qui dépasse l'évènement pour rendre sa mise en images représentative de l'activité, la concentration, la technicité, la vélocité gestuelle, la complémentarité des tâches, la panoplie instrumentale propres à toutes les opérations contemporaines. Le commentaire ajoute qu'une légère augmentation des effectifs depuis 1962 témoigne que l'intérêt pour la profession n'a pas diminué. "Mais on redoute les conditions de travail, ainsi que les horaires difficiles à concilier avec une vie familiale normale." Vue sur le dôme de la Salpêtrière, puis sur la cour où des infirmières marchent en groupe dans une allée où circulent également des véhicules. Le commentaire rappelle que le budget de la Santé Publique de cette année (1964) est onze fois supérieur à celui de 1958. "Et depuis octobre dernier, un plan de réforme destiné à améliorer le sort des infirmières a été mis en oeuvre." Le commentaire indique les conditions d'accès aux études d'infirmière, la rémunération prévue, le nombre de places d'internat réservées aux étudiantes "de province" à La Salpêtrière. Ici, le film propose un double registre de perception : il s'agit d'approcher les constantes du métier d'infirmière (les qualités techniques et morales qu'il requiert) en même temps que d'alerter sur la conjoncture dégradée du milieu médical qui met en question la possibilité d'une relève par les nouvelles générations. (03:56)
"Les études sont très difficiles"
Trois infirmières s'activent dans une chambre commune. Elles vont dans le fond de la pièce où; isolées par un paravent, elles disposent des flacons sur une tablette. L'entretien collectif commence. Parmi les trois infirmières, deux sont internes "à l'école des Bleues" (cette école des « bleues » - en référence au manteau bleu des nouvelles élèves - est celle de l'AP, à distinguer des écoles d'infirmières municipales). Une des infirmières affirme qu'une bonne culture générale est nécessaire pour exercer ce métier. Elle détaille les disciplines enseignées pendant sa formation, elle estime que ces études sont très difficiles "parce que nous sommes d'abord fatiguées physiquement étant donné que nous faisons des stages le matin" avant de suivre ces cours et de retourner travailler le soir." Elle précise qu'en plus de la prise en charge des frais d'équipement, l'AP prévoit une rémunération des étudiantes de "3700 anciens francs". Le journaliste : "Comment faites-vous pour ajouter aux 37 francs de chaque mois?" L'infirmière : "Et bien on fait des veilles le samedi" " - Je croyais que c'était votre seul jour de sortie de la semaine?", " - Oui mais c'est aussi le seul où l'on peut gagner de l'argent." Le journaliste évoque l'engagement imposé par l'AP de travailler cinq ans pour cette institution en échange de la gratuité des études. L'infirmière estime que cet engagement "pose un problème": "On est jeunes, on pense à l'avenir, on voudrait se marier." Or, comme ces élèves viennent de province, et que leurs fiancés y vivent aussi, elles en sont éloignées pendant sept ans (le temps de leurs études et le temps de l'engagement). Sourire triste de l'infirmière qui ne cherche pas à cacher la difficulté de la situation qu'elle partage avec ses collègues. Des plans de coupe sur le visage des deux autres infirmières présentes symbolisent cette communauté de conditions qu'elles connaissent. Le journaliste demande à une autre des trois infirmières si elle s'est habituée "à la souffrance". Elle répond "non" avant même qu'il n'ait fini sa question, elle ajoute d'une voix calme mais ferme : "L'habitude, c'est tellement mauvais... On ne s'habitue jamais à la souffrance mais on arrive à la dépasser." Plans de coupe sur les infirmières en action dans la salle commune : l'une soutient une malade qui marche dans l'allée, deux autres réajustent la literie d'une autre malade. (07:24)
"Quand c'est bien fait, c'est remarquable"
Entretien avec une infirmière en chirurgie. Isolée dans le champ, son visage doux et gracile en gros plan, elle répond aux questions avec précision et timidité. En plans de coupe, elle est montrée poussant un chariot dans une chambre où, sous la surveillance de la malade qui la regarde avec attention, elle prépare une seringue, fait un pansement à l'aide de pinces, arrange la literie (elle parle de "nursing" parmi les tâches qu'elle doit accomplir". Elle explique que la technicité du métier d'infirmière l'a poussée à le choisir. Maîtriser celle-ci permet de travailler "rapidement, efficacement", et d'"appliquer la thérapeutique du médecin de façon parfaite". Elle ajoute : "C'est ce qui me plaît, parce que quand c'est très bien fait, c'est dur et c'est remarquable." Elle explique qu'elle aime la médecine, qu'elle a renoncé aux études en médecine à cause de leur longueur. Cette séquence fait le portrait d'une jeune femme qui aurait voulu être médecin et s'est rabattue sur le métier d'infirmier pour s'approcher le plus possible de sa pratique, priorisant la compétence technique. En montrant la passion que cette responsabilité est susceptible d'inspirer, il contrebalance l'entretien collectif avec des infirmières qui insistaient sur les conditions difficiles pour s'y préparer. (09:48)
Façade de bâtiment. Le commentaire évoque les 180 écoles de la Croix-Rouge, établissements privés qui préparent au diplôme d'infirmière. Images de couloir et de salles de soins, le commentaire précise qu'il s'agit des locaux du service de phtisiologie de la Salpêtrière. Nouvel entretien avec une infirmière qui abandonne sa tâche et avance vers la caméra pour répondre aux questions. C'est le procédé récurrent de mise en scène des entretiens depuis le début du film.
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