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« Mot à mot : orthophonie » : différence entre les versions
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Une fillette est filmée de face. Suzanne Borel, de dos, est assise en face d'elle. On aperçoit une femme (probablement la mère de l'enfant) sur le côté. Mme Borel fait répéter des mots et des phrases contenant les phonèmes /ʃ/ ou /ʒ/ à la fillette qui présente un sigmatisme latéral (schlintement). Elle lui touche la joue périodiquement pour rectifier la position des lèvres et du maxillaire inférieur de l'enfant et s'adresse à elle de façon un peu abrupte. Gros plan sur l'enfant. (03:17)<br><br> | Une fillette est filmée de face. Suzanne Borel, de dos, est assise en face d'elle. On aperçoit une femme (probablement la mère de l'enfant) sur le côté. Mme Borel fait répéter des mots et des phrases contenant les phonèmes /ʃ/ ou /ʒ/ à la fillette qui présente un sigmatisme latéral (schlintement). Elle lui touche la joue périodiquement pour rectifier la position des lèvres et du maxillaire inférieur de l'enfant et s'adresse à elle de façon un peu abrupte. Gros plan sur l'enfant. (03:17)<br><br> | ||
'''Le récit des origines tel qu'il est passé à la postérité '''<br> | '''Le récit des origines tel qu'il est passé à la postérité '''<br> | ||
Gros plan sur Suzanne Borel qui raconte l'épisode qui est constamment cité comme l'événement fondateur de l'orthophonie (alors qu'elle-même vient de le fixer a une date antérieure, cf. ''supra'') : "on" a fait appel à elle en tant que "demoiselle venant de la phonétique" pour savoir pourquoi des personnes opérées d'une division palatine ne parlaient pas. En fait, c'est le docteur Veau avait convoqué "pour elle" "une quarantaine de sujets de tous les âges" qu'il avait opérés. Elle précise qu'il les avait "mis en place [...] d'une façon possible alors et qui ne serait pas possible maintenant" puisqu'il "les avait alignés dans la salle d'opération le long du mur", mettant ainsi en exergue une évolution dans la façon de traiter et de considérer les malades par le corps médical entre le début des années 1920 et la fin des années 1970. Le docteur Veau lui avait demandé de les examiner afin qu'il puisse comprendre pourquoi ces "sujets" continuaient à mal parler alors que l'intervention chirurgicale qu'il avait pratiquée était une réussite. ("Je les tous opère bien mais ils ne parlent pas tous bien.") On se trouve ici dans une situation où un médecin, homme, avoue son impuissance ou en tout cas, l'impuissance de son art, et demande de l'aide à une personne doublement extérieure au monde médical puisqu'elle est spécialisée en phonétique et que c'est une très jeune femme (elle a alors une vingtaine d'années). Cette situation inédite est l'un des éléments qui définissent et justifient à la fois implicitement et rétroactivement le statut de l'orthophonie comme '''profession paramédicale exercée par une écrasante majorité de femmes''' ( | Gros plan sur Suzanne Borel qui raconte l'épisode qui est constamment cité comme l'événement fondateur de l'orthophonie (alors qu'elle-même vient de le fixer a une date antérieure, cf. ''supra'') : "on" a fait appel à elle en tant que "demoiselle venant de la phonétique" pour savoir pourquoi des personnes opérées d'une division palatine ne parlaient pas. En fait, c'est le docteur Veau avait convoqué "pour elle" "une quarantaine de sujets de tous les âges" qu'il avait opérés. Elle précise qu'il les avait "mis en place [...] d'une façon possible alors et qui ne serait pas possible maintenant" puisqu'il "les avait alignés dans la salle d'opération le long du mur", mettant ainsi en exergue une évolution dans la façon de traiter et de considérer les malades par le corps médical entre le début des années 1920 et la fin des années 1970. Le docteur Veau lui avait demandé de les examiner afin qu'il puisse comprendre pourquoi ces "sujets" continuaient à mal parler alors que l'intervention chirurgicale qu'il avait pratiquée était une réussite. ("Je les tous opère bien mais ils ne parlent pas tous bien.") On se trouve ici dans une situation où un médecin, homme, avoue son impuissance ou en tout cas, l'impuissance de son art, et demande de l'aide à une personne doublement extérieure au monde médical puisqu'elle est spécialisée en phonétique et que c'est une très jeune femme (elle a alors une vingtaine d'années). Cette situation inédite est l'un des éléments qui définissent et justifient à la fois implicitement et rétroactivement le statut de l'orthophonie comme '''profession paramédicale exercée par une écrasante majorité de femmes''' (dans les années 2020, entre 95 et 97 % des orthophonistes sont des femmes.)<br> | ||
Plan poitrine sur le docteur Petit qui a pris la succession du | Plan poitrine sur le docteur Petit qui a pris la succession du docteur Veau à l'hôpital Saint Vincent de Paul et y a exercé jusqu'en 1975 (ces dates sont précisées dans un synthé à (04:18)). Il vient confirmer de son autorité médicale et de ses souvenirs ce qui vient d'être énoncé. Il est debout à côté du schéma d'une division palatine et devant un négatoscope sur lequel sont affichées trois radios. Il ne porte pas de blouse blanche car il est probablement à la retraite. En effet, comme il est né en 1905, la date de 1975 donnée par le synthé doit indiquer la fin de son activité professionnelle. L'émission étant diffusée en 1979 (et donc probablement tournée en 1978 ou 1979), cela signifie qu'il a été replacé dans son cadre de travail antérieur (ou dans un décor qui lui ressemble) pour lui redonner l'autorité attachée à sa profession. <br> | ||
Gros plan sur la photo d'un petit enfant porteur d'une fente labiale. L'intervieweuse demande au | Il fait peur de la satisfaction du docteur Veau concernant les explications qui lui ont été données par Mme Borel. Il raconte aussi une anecdote particulièrement poignante selon laquelle le Docteur Veau '''sur son lit trois jours avant sa mort''' lui aurait dit (peut-être en forme de consolation) : "De toute façon, je vous laisse quelque chose : je vous laisse Mme Borel." L'autorité d'un mourant, médecin qui plus est, ne pouvant manifestement pas être contestée, le point de départ de l'orthophonie est fixé pour toujours.<br> | ||
Retour sur Suzanne Borel-Maisonny assise, un stylo à la main, devant la cage de perroquet. Elle attire l'attention sur le fait qu'il n'y avait rien dans les hôpitaux "comme rééducation, sauf peut-être un peu à la Salpétrière, et plus tard d'ailleurs, pour les aphasiques. Autrement, il n'y avait rien." L'intervieweuse reformule pour préciser : "quand un enfant [...] avait un retard de parole ou un trouble de langage, on ne faisait rien." Suzanne Borel-Maisonny confirme | Gros plan sur la photo d'un petit enfant porteur d'une fente labiale. L'intervieweuse demande au docteur Petit d'expliquer ce qu'est une division palatine. Il répond, schémas à l'appui, en expliquant la différence entre une fente palatine et une fente labio-palatine. On observera que ces schémas sont cadrés de trop près et qu'on ne les voit jamais en entier, ce qui gêne leur compréhension. <br>Retour sur la photo précédente qui est ensuite remplacé par la photo d'un enfant (peut-être le même), après opération. On ne voit plus qu'une petite cicatrice entre le nez et la lèvre supérieure.<br> | ||
À l'aide d'un nouveau schéma, le docteur Petit explique le retentissement possible d'une division palatine sur la phonation et les raisons pour lesquelles l'orthophonie est "absolument indispensable". Il annonce 85 à 90 % de "bons résultats". (06:34)<br> | |||
Retour sur Suzanne Borel-Maisonny assise, un stylo à la main, devant la cage de perroquet. Elle attire l'attention sur le fait qu'il n'y avait rien dans les hôpitaux "comme rééducation, sauf peut-être un peu à la Salpétrière, et plus tard d'ailleurs, pour les aphasiques. Autrement, il n'y avait rien." L'intervieweuse reformule pour préciser : "quand un enfant [...] avait un retard de parole ou un trouble de langage, on ne faisait rien." Suzanne Borel-Maisonny confirme : "Non, puisqu'on ne savait pas quoi faire. [...] On donnait quelque pilule, quelque sirop, quelque remède pas très efficace [...]" Elle explique que "ce n'est pas une affaire de traitement médical". Entre-temps, la caméra a dézoomé et on aperçoit de nouveau le perroquet qui descend le long de sa cage. (07:10)<br><br> | |||
'''Une première consultation orthophonique'''<br> | '''Une première consultation orthophonique'''<br> | ||
Une femme en blouse blanche et un très jeune garçon sont assis à une table sur laquelle sont posés divers papiers. Dézoom. Une jeune femme en robe à fleurs avec une fillette un peu plus âgée sur ses genoux est assise au bout de la table. IL s'agit d'une première consultation. La voix off (par dessus l'entretien entre les deux femmes) insiste sur le contraste entre la situation actuelle (1979) et le récit qui vient d'être fait : la situation a changé, chaque hôpital a maintenant sa consultation orthophonique. Elle précise que nous sommes à l'hôpital Saint-Vincent de Paul qui possède un service orthophonique "de premier ordre". La mère consulte pour son fils. Ils sont adressés par l'ORL | Une femme en blouse blanche et un très jeune garçon sont assis à une table sur laquelle sont posés divers papiers. Dézoom. Une jeune femme en robe à fleurs avec une fillette un peu plus âgée sur ses genoux est assise au bout de la table. IL s'agit d'une première consultation. La voix off (par dessus l'entretien entre les deux femmes) insiste sur le contraste entre la situation actuelle (1979) et le récit qui vient d'être fait : "heureusement, la situation a changé", "chaque hôpital a maintenant sa consultation orthophonique". Elle précise que nous sommes à l'hôpital Saint-Vincent de Paul qui possède un service orthophonique "de premier ordre". La mère consulte pour son fils. Ils sont adressés par l'ORL. Elle a apporté l'audiogramme qui montre que le garçonnet entend bien. Le docteur Kadri (la femme en blouse blanche, qui est en réalité de Suzanne Borel) donne deux jouets sonores à l'enfant qui les fait tinter d'un air ravi. Elle pose quelques questions et s'interrompt pour interagir avec l'enfant qui s'exprime dans un langage agrammatical ("Veux pas, moi", "Encore là-dedans"). On observe un décalage surprenant entre ce que le Dr Kadri dit de l'enfant ("il fait des phrases très élaborées") et ce que le spectateur peut observer lui-même, ce qui rejoint d'ailleurs ce que dit la mère ("À l'école, il ne parle pas du tout.") (09:25)<br><br> | ||
'''Définition de la mission des orthophoniste'''<br> | '''Définition de la mission des orthophoniste'''<br> | ||
Retour sur Suzanne Borel-Maisonny qui explique que "tous les troubles du langage oral et écrit font partie de la tâche officielle de l'orthophoniste reconnue par décret." Elle détaille la diversité de ces troubles en imitant certains d'entre eux. Elle cite également les troubles de la voix, les laryngectomisés, etc. (10:25) | Retour sur Suzanne Borel-Maisonny qui explique que "tous les troubles du langage oral et écrit font partie de la tâche officielle de l'orthophoniste reconnue par décret." Elle détaille la diversité de ces troubles en imitant certains d'entre eux. Elle cite également les troubles de la voix, les laryngectomisés, etc. (10:25)<br><br> | ||
'''Particularités du travail de la voix dans le théâtre vietnamien traditionnel'''<br> | '''Particularités du travail de la voix dans le théâtre vietnamien traditionnel'''<br> | ||
Un musicien vietnamien, Tran Van Khe, explique à Mme Borel-Maisonny les différentes voix du théâtre vietnamien traditionnel (en commençant par prononcer une phrase avec sa voix "quotidienne") et fait la démonstration de certaines d'entre elles : voix de fausset, de tête, nasale, de la gorge, de poitrine, du foie, des intestins. Il répond à ses questions sur le mode d'apprentissage de ces différentes voix. La caméra passe de l'un à l'autre, ce qui permet de voir dans le fond, différents appareils avec des cadrans et un magnétophone à bande magnétique. L'entretien paraît se dérouler dans un laboratoire d'acoustique. Cette séquence contribue à donner de Suzanne Borel-Maisonny l'image d'une personne à la curiosité encyclopédique insatiable (encore à 79 ans !) et à l'ancrer, avec toute la profession dans un environnement technique et technologique assumé et revendiqué. | Un musicien vietnamien, Tran Van Khe, explique à Mme Borel-Maisonny les différentes voix du théâtre vietnamien traditionnel (en commençant par prononcer une phrase avec sa voix "quotidienne") et fait la démonstration de certaines d'entre elles : voix de fausset, de tête, nasale, de la gorge, de poitrine, du foie, des intestins. Il répond à ses questions sur le mode d'apprentissage de ces différentes voix. La caméra passe de l'un à l'autre, ce qui permet de voir dans le fond, différents appareils avec des cadrans et un magnétophone à bande magnétique. L'entretien paraît se dérouler dans un laboratoire d'acoustique. Cette séquence contribue à donner de Suzanne Borel-Maisonny l'image d'une personne à la curiosité encyclopédique insatiable (encore à 79 ans !) et à l'ancrer, avec toute la profession dans un environnement technique et technologique assumé et revendiqué. | ||
Version du 12 mars 2025 à 14:56
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Titre :
Mot à mot
Année de production :
Pays de production :
Réalisation :
Intervenants :
Suzanne Borel-Maisonny
Julian de Ajuriaguerra
Michèle Castellengo
Émile Leipp
Tran Van Khe
Claire Dinville
Marie-Rose Mousset
Denise Sadek
Françoise Kadri-Maisonny
Julian de Ajuriaguerra
Michèle Castellengo
Émile Leipp
Tran Van Khe
Claire Dinville
Marie-Rose Mousset
Denise Sadek
Françoise Kadri-Maisonny
Durée :
52 minutes
Format :
Parlant - Couleur -
Langues d'origine :
Sous-titrage et transcription :
Sociétés de production :
Archives détentrices :
Corpus :
Générique principal
Contenus
Sujet
Genre dominant
Résumé
Contexte
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Non.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Non.
- Animateur : Non.
- Voix off : Oui.
- Interview : Oui.
- Musique et bruitages : Non.
- Images communes avec d'autres films : Non.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Communications et événements associés au film
Public
Audience
Descriptif libre
Notes complémentaires
Références et documents externes
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Élisabeth Fuchs

