Montrer le film en train de se faire
Générique début, un carton : "Lennauchfilm 1973". Plan général, entrée de dispensaire voilée par le passage d'un tram. Int. couloir, une infirmière passe l'aspirateur. Panoramique du couloir à une porte, ce mouvement de caméra laisse penser que la séquence est vue en plan subjectif, depuis le regard de quelqu'un qui cherche son chemin. Zoom brutal sur sa surface blanche, raccord avec un fond blanc de carton, musique sinistre et emphatique jouée par une section de cordes. "Les réalisateurs se sont engagés à respecter le secret médical et ne révèle en aucun cas le nom des patients dans ce reportage sans héros." Les mots du titre qui terminent la phrase sont animés, leurs lettres se dilatent sur l'écran.
La porte s'ouvre (toujours le processus du point de vue subjectif à l'oeuvre) sur un opérateur qui apprête une caméra sur pied. Commentaire d'une voix solennelle : "Nous filmerons ce cabinet médical pendant quelques semaines". Une infirmière ouvre une armoire vitrée, y place un autoclave, quitte la champ en jetant un oeil à la caméra. Son visage est sévère. Léger panoramique, deux médecins à un bureau, un homme et une femme." ici sont reçus les patients des médecins : Anastasia Petrovna Tikhonova (gros plan sur la médecin femme) et Evgeny Ionovitch Mevedovsky". Au-dessus d'un rideau fixé à un tréteau, une main brandit un projecteur : la préparation du tournage se poursuit (alors que tournage il y a déjà puisque nous voyons le film avec les images qui le montrent ; L'homme à la caméra de Dziga Vertov, en 1929, avait inauguré ce procédé du film qui montre sa propre préparation alors que le fait de le montrer nécessite une autre préparation qui, elle, ne sera pas filmée). Le film s'assume comme le résultat d'un dispositif expérimental et adopte un point de vue réflexif qui invite le public à prendre conscience que ce qu'il voit résulte d'une fabrication. Le projecteur s'allume, c'est une opératrice qui filme, appliquant un oeil à l'oeilleton de la caméra. Noir, voix en off : "Entrez". (01:33)
Première consultation
En amorce bord cadre gauche un bras qui tend un papier au médecin que le commentaire avait nommé Mevedovsky. Celui-ci prend le papier et invite l'homme à s'asseoir. L'homme entre tout à fait dans le champ et s'installe. Nous avons quitté le procédé de caméra subjective. Au médecin qui lui demande la raison de sa venue, l'homme répond d'une voix hésitante : "Je ne sais même pas comment vous le dire". Il ajoute qu'il ressent une douleur en urinant. Le médecin lui demande s'il a constaté un "écoulement purulent", le patient répond non. Le médecin l'encourage à être précis, à ne pas être timide. La franchise, qui favorise une formulation nette des faits, aide au diagnostic. Il l'invite à se déshabiller pour l'examen. Noir à l'image pour signifier une ellipse. Le patient revient s'asseoir face au médecin. celui-ci lui dit qu'il pense à une gonorrhée. "-La chaude pisse? - Oui, c'est son autre nom". Le patient informe Mevedovsky qu'il ressent une douleur depuis trois jours, qu'il espérait qu'elle passerait. IL est chauffeur routier, marié. Il a eu plusieurs partenaires sexuels pendant son déplacement, il a fait l'amour avec sa femme à son retour. L'infirmière tend un papier au médecin, celui-ci le lit et annonce que la gonorrhée est confirmée. Il poursuit son interrogatoire, il le resserre sur sa liaison avec l'inconnue mise en cause : "Quand le rapport a-t-il eu lieu? Avec qui? Où ça?" Il demande que les réponses soient données avec calme. Des faits, pas d'émotion. Des informations, pas une histoire. Il réclame du patient qu'il lui donne des signes distinctifs de la femme. Le patient a un mouvement d'humeur : "Elle est malade et elle se permet..." Mevedovsky lui rétorque : "Vous ne valez pas mieux qu'elle". Son expression ne change pas, quelle que soit le cours de la conversation. Il est impassible, maître de lui, prend un air vaguement surpris quand il recueille des informations sur des comportements qu'il désapprouve. Il dit au patient que sa femme devra être examinée. "Elle ne me pardonnera jamais", répond-il. Il hausse des sourcils avec désinvolture. Cut, noir, une femme a remplacé l'homme. Nous devinons qu'elle est son épouse, d'autant qu'elle dit : "Qu'il aille ou il veut, mais pas chez moi". Le médecin ajoute que leur fille devra être examinée. "Vous lui donnez le bain et vous partagez probablement une éponge". la femme s'affaisse, sanglote. Le médecin regarde hors champ, demande de l'eau, l'infirmière apporte un verre qu'elle tend à la patiente.